La tornade Estrosi emporte les SDF
Les travailleurs sociaux craignent que la tournée des sans-abris réalisée mercredi soir par le maire et ses adjoints n’ait ruiné des mois d’efforts sur le terrain
Immédiatement après son élection à la mairie, Jacques Peyrat avait suscité le scandale en faisant emmener par la police municipale les SDF de Nice au Mont Chauve. Douze ans plus tard, Christian Estrosi est tout aussi préoccupé par les sans-abris qui peuplent sa ville. Mais à la méthode virile de son prédécesseur il oppose un style plus… estrosite : agir vite, et vite le faire savoir.
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Ce mercredi soir, le maire avait un double message à faire passer : il faut aider les SDF qui veulent s’en sortir, et virer ceux qui squattent en ville et sont agressifs. Pour l’aide, Christian Estrosi a annoncé l’ouverture de 30 lits supplémentaires à l’accueil de nuit du CCAS et d’un gymnase en cas de grand froid, il a promis des distributions de repas mieux encadrées et révélé la création d’un nouvel accueil de jour derrière le complexe Jean-Bouin… fin 2010. Pour la répression, il avait à ses côtés une police municipale aussi dévouée que pléthorique (et dont les effectifs devraient encore augmenter l’année prochaine).
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« C’était irréaliste »
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Pas de quoi surprendre un vieux niçois, fût-il membre d’une association d’aide aux sans-logis. Si ça a coincé ce soir-là , c’est à cause d’un curieux mélange des genres. Prenez des élus, des flics, des cantonniers version FRAP (Force rapide action propreté) et des travailleurs sociaux. Mélangez l’ensemble, puis étalez ça devant des SDF et laissez au frais pendant une bonne heure. « C’était irréaliste », raconte une bénévole expérimentée. « La police était derrière nous, avec le risque d’être assimilés et de perdre le contact privilégié avec les SDF. Nous avons été dupés ! »
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Le maire était sans doute plein de bonne volonté ce soir-là . L’opération était au moins autant sociale que sécuritaire. Mais la célérité (pour ne pas dire la précipitation) avec laquelle les rencontres avec les sans-logis ont eu lieu et le besoin d’un résultat visible immédiatement ne pouvaient être que contreproductifs. C’est ainsi qu’après le départ du maire, sous les arcades de la place Masséna deux familles de Roumains se sont trouvées entre les bénévoles de la Croix Rouge et les agents de la FRAP.
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Parkas oranges contre gilets jaunes
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Entre les parkas oranges des premiers et les gilets jaunes des seconds, l’incompréhension est totale. Les uns font un travail de fond, discutant chaque soir avec les SDF pour les informer sur les structures d’accueil et leur apporter couvertures et café chaud lorsqu’ils préfèrent dormir dehors. Les autres ont pour mission de faire place nette en un temps record, bidon de désinfectant et karcher en main. Le rapprochement avec la petite phrase de Nicolas Sarkozy est facile. Une jeune bénévole s’y risque : « on a là la parfaite illustration avec Estrosi de la politique voulue par Sarkozy ». Quelques anciens, plus modérés, regrettent surtout que l’on « fiche en l’air des mois de boulot ».
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Informées de cette folle virée nocturne, les instances nationales de la Croix rouge ont préféré temporiser hier. L’association se laisse une semaine pour tirer le bilan, et note « les efforts énormes du CCAS notamment ».
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